L’autoconsommation consiste à produire de l’électricité, par exemple comme produit secondaire d’un process industriel, et à la consommer sur place pour couvrir tout ou partie de ses propres besoins. Ce n’est pas neuf : il y a eu les années de la cogénération pour un certain nombre d’activités industrielles, mais l’autoconsommation restait minoritaire.

Il se pourrait qu’on se souvienne plus tard de 2016 comme du point de bascule pour l’autoconsommation de l’électricité photovoltaïque en France.

Jusqu’à présent, le dispositif réglementé incitait très largement les investisseurs à vendre l’électricité produite grâce à un tarif de rachat imposé à EDF, plus élevé que le prix auquel on achetait l’électricité au détail par le réseau. Et depuis un an, celui-ci a baissé. Dans un tel contexte, il n’y a pas beaucoup d’intérêt à consommer ce qu’on produit.

La loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte, adoptée en 2015, organise une nouvelle phase de la transition énergétique en France et ses décrets d’application se succèdent : les tarifs de rachat paraissent moins intéressants, car indexés sur les prix des marchés de gros de l’électricité. Par ailleurs, les coûts du photovoltaïque ayant baissé, on se rapproche des prix de détail, même si on n’y est pas encore, et pour sans doute plusieurs années. Plus exactement, au moment où on produit, le coût marginal est nul, mais avec l’augmentation des énergies renouvelables, cela devrait aussi coïncider avec les prix les plus bas de l’électricité. Par exemple au milieu d’une journée ensoleillée d’été dans le sud de la France.

Du coup, les motivations changent, et on voit cette année des entreprises investir dans des équipements de ce type pour autoconsommer. Par exemple, un grand magasin avec du froid et de la climatisation peut passer par un pic de consommation d’énergie aux heures où il fait beau et chaud. Et il a en général de la surface utilisable : toit plat ou parking. Pas étonnant que certains s’y essaient pour évaluer les solutions, leur performance… et leurs difficultés. Pour ces entreprises, on a quitté le temps des pionniers et des convaincus, on entre dans le temps de l’évaluation pragmatique. Cela permet la démonstration visible d’un engagement écologique assumé vis-à-vis de ses clients, qui n’est plus seulement réservée à des grandes firmes américaines médiatisées.

Mais la France a également adopté, au beau milieu de l’été (le 27 juillet 2016), une ordonnance qui ravira les pionniers désireux d’explorer les prochaines étapes de la transition énergétique : elle ouvre ainsi la voie à de l’autoconsommation collective à une maille locale, ce qui revient à dire qu’un producteur ayant du surplus pourrait le mettre à disposition de son voisinage en l’injectant sur le réseau de distribution. Les promesses du numérique, avec, pourquoi pas, des échanges financiers par les blockchains, sans intermédiaires, laissent augurer la possibilité d’une remise en question du rôle des acteurs dans l’économie de l’énergie.

Utopie ? Plutôt des idées qui, progressivement, peuvent devenir réalité. C’est juste qu’on ne sait pas combien de temps cela prendra. La période qui vient s’annonce passionnante !