Suffit-il de savoir que le marché des véhicules électriques en France augmente
– de +40% en un an – pour décider de passer à l’électromobilité ? 

Quand on est le responsable d’une flotte de véhicules d’entreprise, l’argument n’est souvent pas assez puissant pour lever les freins de la voiture électrique. Il faut dire qu’elle « véhicule » tellement d’idées reçues : son TCO (Total Cost of Ownership) serait supérieur à celui d’un véhicule thermique, son plein (d’électricité) difficile à faire, son usage peu compatible avec les contraintes d’un professionnel, etc. L’Observatoire Énergies d’Entreprises a eu envie de démêler le vrai du faux. De faire la lumière sur les bénéfices insoupçonnés de l’électromobilité, aussi bien au niveau des usages que des coûts.

L’atelier du 4 novembre dernier, organisé en partenariat avec l’Avere-France, au CCFA (Comité des constructeurs français d’automobiles) à Paris, devant un auditoire passionné, a montré que la mobilité électrique représentait une réelle opportunité de nouvelle dynamique pour les entreprises.

L’atelier Mobilité Électrique a réuni :

  • Bertrand Barré, Président Fondateur du Groupe Zebra, Parrain de l’Observatoire Énergies d’Entreprises
  • Marie Castelli, Secrétaire Générale de l’Avere-France,
  • Jérémy Cousin, Président du Directoire de la société CIV
  • Brice Fabry, Directeur Véhicules Électriques et Eco système de NISSAN West Europe
  • Bruno Lebrun, Président de Gireve
  • Hervé Sachot, Directeur logistique chez Caudalie

Lire le compte-rendu des deux tables rondes et des des débats qu’ils ont générés

Au sommaire :  

  1. 1. La voiture électrique : véhicule du présent…

  2. 2. …et aussi du futur

  3. 3. Un TCO performant

  4. 4. Recharger son véhicule électrique aussi facile que faire le plein

  5. 5. Des opérations de recharge de plus en plus simples

  6. 6. L’assurance d’intégrer un nouvel écosystème

  7. 7. L’assurance de diminuer son empreinte carbone

  8. 8. Un moyen de faire des économies

  9. 9. Un moyen de fidéliser ses salariés

1. La voiture électrique : véhicule du présent…

Où placer le curseur temporel quand on parle de véhicule électrique ? Dans le présent ou dans le futur ? Voire dans le passé, comme le souligne avec humour, la secrétaire générale de l’Avere-France, Marie Castelli, rappelant que la première voiture électrique date de 1896. Avec plus de 20 000 véhicules électriques immatriculés sur l’année, (comprenant utilitaires et véhicules particuliers) à fin septembre 2016 – ce qui représente une augmentation de plus de 40 % par rapport à 2015 – l’électromobilité peut s’envisager au présent. « Le marché existe et témoigne d’une progression constante depuis 2010 : il représente plus d’1 % des ventes automobiles en France » se réjouit Marie Castelli. Bien sûr, les aides de l’État – « quelle que soit la couleur politique de celui-ci » – en faveur de l’électromobilité expliquent cette croissance depuis six ans. Dernière illustration de ce soutien : à partir de janvier 2017, la part des amortissements déductibles de l’impôt passera de 18 300 € à 30 000 € pour les entreprises qui investiront dans le véhicule électrique. De son côté, l’Avere-France développe régulièrement des programmes d’incitation au passage à l’électromobilité. Depuis septembre 2016, les entreprises peuvent bénéficier du dispositif Advenir, soit le remboursement de 40 % du coût des infrastructures de recharge mises en place sur leurs parkings(1). Mais ce contexte réglementaire et fiscal n’est pas la seule raison de la progression. L’électromobilité se développe parce qu’elle conduit vers l’avenir.

 

(1) Le programme a été mis en place par l’Avere-France et quatre partenaires, C02, EDF, le Ministère de l’Environnement, de l’Énergie et de la Mer et l’Ademe. Qui fait quoi ? L’Avere-France pilote le programme et gère le fonds de financement du programme ; CO2 apporte les moyens nécessaires au cadrage, au suivi et au contrôle du bon déploiement du programme ; EDF finance en tant qu’obligé le programme ADVENIR pour un montant maximum de 9,75 millions d’euros HT et participe à l’équipe projet opérationnelle ; L’ADEME et le Ministère apportent leur expertise et participent à la promotion du programme.

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2. …et aussi du futur

« Contrairement à ce que l’on imagine trop souvent, la voiture électrique n’est pas réservée aux écologistes» remarque le président fondateur du Groupe Zebra, Bertrand Barré. Le décrypteur de tendances et analyste des modes de vie a en effet constaté que les amateurs de véhicules électriques comptaient de nombreux technophiles. Et pour cause… « La voiture électrique les séduit pour ce qu’elle véhicule de nouvelles technologies. Elle les fait quitter le monde du 19ème siècle, ses joints de culasse et autres courroies de transmission qui font vibrer l’habitacle, pour les emmener sur la route silencieuse du 21ème siècle ». Car selon tous les usagers de l’électromobilité présents à l’atelier, rouler électrique fait prendre le virage d’un autre rapport à la conduite : plus zen, plus confortable, apaisante. « La Poste qui dispose de la plus grosse flotte de véhicules électrique du monde a constaté une baisse des accidents de la route depuis le passage à l’électrique, témoigne Marie Castelli. Les conducteurs électriques sont moins stressés, ils adoptent une conduite plus souple ». 

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3. Un TCO performant

C’est un fait : les remises des constructeurs sur les véhicules thermiques sont souvent plus importantes que celles sur des véhicules électriques. Choisir l’option de l’électromobilité peut donc s’apparenter à une prise de risque financier pour un responsable de flotte automobile dans une entreprise. Comment compenser l’investissement de départ ? En intégrant au TCO (Total Cost of Ownership) le coût du carburant, la fiscalité, l’entretien de la voiture et la prime d’assurance. « Dans leur politique RSE, les compagnies d’assurances s’engagent à soutenir l’électromobilité : cela se traduit par des primes d’assurance moins élevées pour les véhicules électriques que pour les véhicules thermiques » explique Marie Castelli. Si l’entretien du véhicule est plus modeste, cela s’explique par le fait que le moteur électrique est plus simple et favorise l’usage du frein moteur. Du coup, les pneus et les plaquettes de frein d’un véhicule électrique sont moins sollicités et durent plus longtemps. « Mais pour faire vraiment baisser le TCO d’un véhicule électrique, il faut qu’il roule au moins 12 000 à 15 000 km par an ; cela fait diminuer le budget carburant ». Hervé Sachot, directeur logistique chez Caudalie rappelle que dans le coût d’usage d’un véhicule électrique, les frais de stationnement ne doivent pas être oubliés. « Quand vous venez dans une ville avec un véhicule thermique non seulement vous avez du mal à vous garer mais le stationnement coûte cher. Avec un véhicule électrique, vous vous glissez à une borne de recharge et vous ne déboursez que trois ou quatre euros pour faire le plein de votre véhicule ». Selon Brice Fabry, directeur du pôle électrique France Europe chez Nissan, le TCO peut même être de 40 % inférieur à celui d’un véhicule thermique « si on intègre au calcul du TCO les bénéfices du rouler propre et silencieux pour l’image de l’entreprise ».

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4. Recharger son véhicule électrique aussi facile que faire le plein

La panne par défaut de charge électrique suffisante fait partie des idées reçues qui polluent la perception du véhicule électrique. La preuve : il existe 11 000 stations-services en France contre un milliard de prises pour un branchement électrique (voir encadré 1) et 15 000 points de recharge accélérée ou rapide accessibles à tous. Sans oublier les bornes que de plus en plus d’enseignes de la grande distribution – certaines en partenariat avec des constructeurs automobiles, comme Nissan avec IKEA et Auchan – mettent à disposition des usagers sur leur parking (254 en France, 4 000 en Europe).
« Un véhicule électrique peut se recharger n’importe où. C’est le temps de charge qui varie : 8 à 12 heures à une prise normale, 1 à 8 heures à une borne de charge accélérée ou une vingtaine de minutes à une station de recharge rapide » explique Marie Castelli. Elle rappelle que les recharges n’ont pas toujours besoin de se faire en vingt minutes. En effet, « les outils de la mobilité – les voitures – sont le plus souvent immobiles sur les parkings » selon l’expression amusée de Bertrand Barré. D’ailleurs, la majorité des véhicules électriques à usage professionnel se rechargent sur le parking de l’entreprise. Cependant, et notamment grâce au soutien de l’État auprès des collectivités, de plus en plus de points de charge rapide ou accélérée sont mis en place sur le territoire français. « Dans un an, il y aura des bornes de recharge rapide tous les 70 km partout en France » annonce Brice Fabry. Mais qui a besoin de s’arrêter aussi souvent pour faire le plein de son véhicule électrique, sachant qu’il a une autonomie de 150 à 400 km ?

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Encadré 1 : Recharge sur prise électrique standard

Toutes les voitures électriques sont fournies avec un câble doté d’un capteur électronique permettant la recharge sur une prise domestique standard sans risque d’échauffement : avec un courant de 8 ou 10 a, une voiture met plusieurs heures (8 à 12 h) à se recharger. Mais c’est la solution de recharge la plus économique.

5. Des opérations de recharge de plus en plus simples

Les bornes de recharge se multiplient, aussi bien dans les espaces publics que privés (copropriétés, entreprises…). Mais pour qu’elles soient accessibles à chaque usager, comme le sont les distributeurs des réseaux bancaires par exemple, il y a de l’interopérabilité à constituer entre elles. C’est à quoi s’emploie la société Gireve(2). « Actuellement plusieurs centaines de réseaux de recharge différents avec des logiques hétérogènes coexistent en Europe, ce qui complique leur usage » explique Bruno Lebrun, président de Gireve. Pour pouvoir recharger leur véhicule électrique, les usagers sont obligés de s’abonner à un réseau spécifique et d’observer une démarche particulière, ce qui peut être fastidieux. « Gireve fédère des opérateurs de charge et de mobilité autour d’une seule application ou d’un seul abonnement ». 20 000 bornes de charge d’accès tout public intégrant les trois types de prises possibles (T1, T2, T3) sont actuellement en cours de déploiement sur le territoire français, y compris dans les coins les plus reculés. « Mais l’interaction entre une borne et un véhicule électrique ne se limite plus à la connexion d’une prise mâle dans une prise femelle. Aujourd’hui, elle produit des services pour l’usager : géolocalisation des bornes de recharge disponibles, inventaire des coûts de recharge, réduction de prix pour les abonnés, etc… » précise Bruno Lebrun. 

 

(2) Gireve (Groupement pour l’itinérance des recharges électriques de véhicules) a été créé par 5 acteurs majeurs (Renault, EDF, Caisse des Dépôts, Compagnie Nationale du Rhône) pour traiter de l’interopérabilité des réseaux de recharges.

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Chiffre clé :

Seulement 5 à 10 % des recharges sont effectuées sur des bornes publiques, qui se trouvent sur la voirie, des parkings publics ou près des commerces.

 

6. L’assurance d’intégrer un nouvel écosystème

Un véhicule électrique fonctionne grâce à une batterie lithium-ion. Cet aspect peu écologique du véhicule électrique – le lithium fait partie des métaux rares – ajouté au fait que le coût de production d’une batterie de ce type est élevé, a incité les constructeurs automobiles à chercher des solutions de deuxième vie pour leurs batteries. « Mais sachant qu’il faut dépenser de nombreux KW pour recycler une batterie au lithium de 30 KW, il est apparu très vite chez Nissan qu’il était impératif d’imaginer un autre modèle économique et écologique » raconte Brice Fabry, directeur Véhicules Électriques et Eco système de NISSAN West Europe. Nissan a donc misé sur la réutilisation de batterie dans le stockage d’énergie pour le résidentiel, le stationnaire et l’industriel. Avec le soutien d’EDF notamment, l’entreprise vient d’équiper un data center de batteries de deuxième vie pour améliorer son autonomie énergétique (voir encadré 2). Mais les possibilités de réutilisation de ces batteries sont infinies. Pour les entreprises, les perspectives en termes de maîtrise et d’économies d’énergie sont alléchantes. La batterie lithium-ion de seconde vie permet en effet de stocker l’électricité en surplus sur le réseau durant les heures creuses et de la réutiliser pendant les pics de consommation. 

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Encadré 2 : Première européenne

Webaxys, hébergeur et opérateur télécom pour les entreprises, vient d’ouvrir un data center qui fonctionne en partie en autonomie énergétique. Sur les 30 baies que comporte ce data center, 4 sont alimentés par 60 mètres carrés de panneaux photovoltaïques installés sur son toit et donc autonomes en énergie. Comment ça marche ? L’énergie photovoltaïque est stockée par des batteries de véhicules électriques de seconde vie fournies par Nissan. La gestion de l’énergie électrique (stockage, distribution) est assurée par un onduleur spécialement développé pour ce projet. Les 26 autres baies sont pour l’instant alimentées par le réseau électrique classique dans le cadre d’un contrat EDF « énergie verte ».

 

7. L’assurance de diminuer son empreinte carbone

Diminuer l’empreinte carbone de leur fonctionnement ou de leur production est devenu une nécessité pour les entreprises, particulièrement celles qui se sont dotées d’une politique RSE. Parmi les scénarios qui rendent cet objectif possible, il y a évidemment le passage à l’électromobilité. C’est l’option qu’a choisi l’entreprise de cosmétiques issus de la vigne, Caudalie, il y a trois ans. « Suite à un mauvais bilan carbone, nous avons décidé de réduire de 25 % notre empreinte carbone et pour y arriver, d’agir sur la flotte de véhicules utilisés par nos 250 commerciaux » se souvient Hervé Sachot, directeur logistique chez Caudalie. C’était en 2012. Seuls 15 % des commerciaux étaient alors éco-compatibles. C’est-à-dire que leur mode de déplacements pouvait s’ajuster à l’utilisation d’un véhicule électrique. Aujourd’hui, les véhicules électriques ayant une autonomie plus grande, ils sont potentiellement 80 % à pouvoir basculer à l’électrique. « Nous ne leur imposons rien. Nous les accompagnons sur le chemin de l’électrique en parlant avec eux et en leur proposant des essais. Mais petit à petit, le nombre des candidats augmente. Ils comprennent que rouler électrique est non seulement une source de confort pour eux mais que cela devient indispensable pour l’exercice de leur métier. Les centres-villes vont de plus en plus se fermer aux véhicules thermiques ». 

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8. Un moyen de faire des économies

Dans l’entreprise CIV (Conçoit, Installe et Vérifie) qui gère des data centers pour le compte de clients et emploie 40 salariés, le passage à l’électromobilité pour tous a été à la fois nourri par des convictions – les responsables sont inquiets par la détérioration du climat – et par des raisonnements économiques. Ainsi que l’explique Jérémy Cousin, le président du directoire de la société CIV, s’équiper d’une flotte électrique est source d’économies pour l’entreprise. « Rouler électrique coûte moins cher en carburant, c’est évident. D’après nos calculs, 100 km reviennent à 1€ en véhicule électrique contre 7 € en véhicule thermique. Mais cela donne aussi la possibilité de valoriser ses salariés sans contreparties financières ». Plutôt que d’augmenter leurs salariés, ce qui ferait passer ces derniers dans une tranche d’imposition supérieure et augmenterait les charges patronales de l’entreprise, les responsables de CIV leur proposent une voiture électrique et le moyen de la recharger sur leur lieu de travail. « Je leur fais gagner 500 à 600 € par mois par suppression d’un budget auto ; quant à l’entreprise, elle fait l’économie de la TVS (taxe sur les véhicules de société) et d’une augmentation de charges sociales ». 

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9. Un moyen de fidéliser ses salariés

La culture de l’Autolib’, la voiture qu’on loue pour un trajet, a faussé la perception du véhicule électrique. Il n’est souvent reconnu que pour son intérêt d’usage : pratique, fonctionnel. Or, non seulement les véhicules électriques peuvent être aussi beaux et « racés » que les véhicules thermiques, mais ils procurent à ceux qui les conduisent la satisfaction d’être éco-responsable. «Rouler électrique peut tout à fait répondre à une recherche de statut » souligne Bertrand Barré. D’ailleurs, la mise à disposition d’un véhicule électrique et de bornes de recharge sur leur lieu de travail fait désormais partie des outils de fidélisation des salariés à leur entreprise. Les salariés sont à la fois contents d’utiliser des véhicules électriques et fiers de travailler pour une entreprise qui a une éthique environnementale. 

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