reseau Flexible ! Tel est le mot d’ordre du réseau pour être capable d’adapter en temps réel consommation et production électriques. Un enjeu d’autant plus crucial qu’il faut gérer des usages croissants mais variables de la demande électrique et intégrer harmonieusement l’arrivée des énergies renouvelables sur le réseau. Le point sur les promesses d’un futur réseau intelligent avec Jacques Percebois, parrain de l’Observatoire Energies d’Entreprises.

Pourquoi est-il urgent de créer plus de flexibilité dans le réseau ?

On peut retenir trois principales raisons. Premier point, pour gérer les pointes de consommation liées aux nouveaux usages et notamment aux équipements informatiques, il est nécessaire de mieux piloter l’adéquation en temps réel de l’offre et de la demande électrique, de manière à lisser les courbes de charge. Deuxième point, il est essentiel d’intégrer l’énergie renouvelable dans le réseau en dépit d’une production intermittente (suivant l’ensoleillement pour le photovoltaïque, suivant le vent pour l’éolien). Faire appel en priorité aux énergies fatales renouvelables en ajustant ensuite avec le parc nucléaire ou thermique permet d’optimiser le rendement des équipements disponibles. Troisième point : passer d’un système centralisé à un système interactif permettra de réduire les pertes en ligne en économisant sur le transport et la distribution. Une grande partie de la production renouvelable est décentralisée et provient de multiples fournisseurs privés aussi consommateurs. Demain, ceux-ci auront l’obligation de consommer une partie de leur production ce qui favorisera l’utilisation locale de l’électricité.

Quelles sont les incidences pour les gestionnaires de réseau ?

Les gestionnaires vont pouvoir mieux surveiller l’état du réseau et repérer en temps réel les incidents. Ils seront tenus d’anticiper à la fois les conditions climatiques locales et les comportements des producteurs décentralisés pour insérer la production croissante d’électricité décentralisée. Ce pilotage s’effectuera à travers une « centrale virtuelle » locale qui agrégera l’ensemble des productions locales. Le gestionnaire disposera ainsi d’un nombre considérable d’informations sur la consommation électrique en temps réel ce qui imposera d’ailleurs des règles pour veiller à la confidentialité des données.

Comment les mécanismes de capacité et l’effacement vont-ils faciliter l’équilibrage ?

Chaque fournisseur d’électricité va devoir prouver qu’il a une capacité de production suffisante pour faire face à la pointe de sa clientèle. Pour cela, il aura deux solutions, l’une qui joue sur l’offre, l’autre sur la demande. Pour assurer l’offre, il devra prévoir une capacité installée suffisante en mégawatts électriques. S’il n’a pas les centrales pour assurer l’offre électrique nécessaire, il devra alors souscrire des capacités auprès d’un producteur. Pour ajuster la demande, il devra disposer d’un portefeuille de clients effaçables suffisant, tarification adaptée à la clé. C’est un contrat gagnant-gagnant : le fournisseur évite les pénalités et le consommateur obtient une rémunération pour avoir réduit sa consommation. Et en évitant la construction d’équipements supplémentaires, le mécanisme est collectivement profitable.

Dans ce contexte, quel est le rôle des smart grids ?

Les smart grids ou réseaux intelligents permettront de procéder à distance à des délestages cibles de certains équipements. Le gestionnaire pourra alors résoudre les problèmes de production insuffisante comme les pics de demande ou encore les problèmes de congestion du réseau de distribution au niveau local. Il disposera de différentes solutions : outre l’effacement et le délestage, il pourra faire appel à du renouvelable chez les producteurs privés, recourir à l’électricité stockée dans les batteries des véhicules électriques ou à de l’électricité stockée sous forme de gaz suivant le mécanisme de « power to gas ». Le réseau intelligent permettra ainsi une optimisation de l’équilibrage offre-demande en sélectionnant en temps réel l’offre la moins coûteuse localement comme à l’échelle nationale. Dernier point, le compteur intelligent permettra également le relevé et la facturation à distance en temps réel.

A quel horizon ce réseau intelligent sera-t-il opérationnel ?

Les compteurs Linky de première génération sont déjà en phase d’expérimentation à Tours et à Lyon et et seront généralisés d’ici 2 ou 3 ans. Actuellement, ils fournissent des informations du consommateur vers le distributeur mais pas l’inverse et seront véritablement communicants dans 7 à 8 ans. D’ici là, il reste à lever certaines barrières technologiques, financières, tarifaires ou encore juridiques.

En quoi ces évolutions représentent-elles des opportunités pour les entreprises ?

Les entreprises vont pouvoir obtenir de leur fournisseur d’énergie une tarification suivant leur profil de consommation et leur potentiel de production d’électricité renouvelable, lorsque c’est le cas. Elles pourront mieux adapter leur tarification en choisissant d’effacer certains équipements à certaines périodes. En bénéficiant d’une information plus fine sur leur consommation, elles pourront mieux optimiser leur comportement et donc faire des économies sur la facture. Comme ces évolutions nécessiteront des innovations technologiques notamment pour économiser la consommation par équipement, le compteur intelligent va stimuler le marché des nouvelles technologies. Sans oublier le marché à l’exportation car nombre de pays émergents sont confrontés à une forte hausse de la demande électrique.

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