Reportage : Concours d'Architecte Bas Carbone

La maîtrise des consommations énergétiques des bâtiments ne suffit plus, la construction bas carbone devient une priorité. La loi de transition énergétique a en effet défini que les rejets carbonés du secteur du bâtiment devront diminuer de 87 % d’ici à 2050. Un nouveau label énergie-carbone encourage la construction de Bepos1.

Bâtiment bas carbone : stop aux trop importantes émissions de gaz à effets de serre

C’est une réalité qui a eu du mal à impacter les consciences. Le secteur du bâtiment (résidentiel et tertiaire) est l’un des principaux responsables du réchauffement climatique. Il représente en effet la première cause de rejets d’émissions de gaz à effets de serre (GES) : 27 % des GES au niveau national, contre 25 % pour les transports, 19 % pour l’agriculture et 18 % pour l’industrie.

En 2013 encore, l’architecte Françoise-Hélène Jourda, conceptrice de la Halle Pajol2 à Paris, regrettait l’inertie qui caractérisait le secteur du bâtiment par rapport à des modes de construction bas carbone, plus éco-responsables. La marraine de l’Observatoire (disparue en 2015) remarquait très justement que pour favoriser une évolution vers une meilleure maîtrise énergétique « il faudrait au minimum réclamer aux constructeurs un bilan carbone de leurs bâtiments ». Et bien bonne nouvelle ! La nouvelle loi sur la transition énergétique va les y contraindre. Elle prévoit qu’à partir de 2018, les émissions de gaz à effet de serre des bâtiments devront diminuer de 54 % par rapport à 2013 à horizon 2030 et de 87 % à horizon 2050.

Premier référentiel bas carbone pour le bâtiment

Pour tenir ces objectifs, le parc immobilier existant devra être rénové aux normes « bâtiment basse consommation ». Quant aux constructions neuves, elles devront satisfaire des exigences de performance énergétique et d’émissions de GES sur un modèle bas carbone. « La prise en compte des émissions carbone était le chaînon manquant de l’effort environnemental accompli jusqu’à présent par les acteurs du bâtiment et de l’immobilier qui s’étaient surtout intéressés à l’isolation thermique » explique la déléguée générale de l’Association pour le développement du Bâtiment Bas Carbone (BBCA)3, Hélène Genin.

L’association BBCA a donc travaillé à la mise au point du premier référentiel de mesure de l’empreinte carbone du bâtiment, qui permet la délivrance du label BBCA pour les logements collectifs et les bureaux. « Ce référentiel mesure l’empreinte carbone des bâtiments tout au long de leur cycle de vie, de la construction à la fin de vie en passant par leur exploitation » précise Hélène Genin. Depuis mars 2016, le label BBCA est délivré aux bâtiments bas carbone qui respectent des standards précis (voir encadré 1) et dont l’empreinte carbone est au moins de 25 % inférieure à celle d’un bâtiment traditionnel. En juillet dernier, l’association a récompensé les 15 premiers bâtiments bas carbone « BBCA », parmi lesquels 8 immeubles de bureaux (voir encadré 2).

Un label énergie-carbone pour des solutions d’éco-construction

Le développement du label BBCA a généré une dynamique vertueuse parmi tous les acteurs du bâtiment, y compris du côté des fabricants de matériaux. « Ils ont compris que se soucier de l’empreinte carbone d’un bâtiment ne concernait pas que l’étape d’exploitation du bâtiment » remarque Charlotte Miriel, responsable Pôle Conception Environnementale chez Artelia Batiments Durables.
« La maîtrise des émissions de GES commence dès la conception du bâtiment : recours à des matériaux intrinsèquement faibles en carbone, dont le cycle de vie peut être prolongé de telle sorte qu’ils arrivent le plus tardivement possible à la décharge. » Plusieurs grands noms de la construction – Saint-Gobin, Eiffage, Bouygues Construction – planchent sur des matériaux pouvant être réutilisés. Comme par exemple, un isolant intégrant de la laine de verre recyclée.

« Le secteur du bâtiment s’ouvre peu à peu à la valeur d’usage et au principe d’économie circulaire ajoute Charlotte Miriel. C’est passionnant : cela favorise la créativité des architectes, la recherche de nouvelles organisations de l’espace intérieur et la construction de bâtiments bas carbone où il est agréable de travailler ». Ces Bepos ne coûtent pas forcément plus cher. « Quelques cas concrets montrent que l’on peut construire aujourd’hui un Bepos avec le même budget qu’un bâtiment standard » affirme Hélène Genin. La création prochaine d’un observatoire des données économiques du Bepos livré apportera bientôt des renseignements plus précis.

Encadré 1 : Label énergie-carbone à la loupe

L’obtention du label pour les bâtiments bas carbone s’appuie sur le calcul d’un score calculé sur la base de 4 indicateurs (résultats de consensus forts) répartis en deux catégories.

  • Catégorie 1 (qui forme le socle du label) : Réduire les émissions de GES sur le cycle de vie des bâtiments.

1. L’indicateur Construction Raisonnée couvre les émissions de GES liées à la construction, l’entretien, le renouvellement et la fin de vie du bâti et des systèmes.

2. L’indicateur Exploitation Maîtrisée couvre les émissions de GES liées aux consommations d’énergie tous usages de la réglementation thermique du bâtiment en phase d’exploitation.

  • Catégorie 2 : Innovation climat

1. L’indicateur Stockage Carbone couvre les bénéfices liés à la séquestration temporaire du carbone dans le bâtiment pendant toute sa durée de vie du fait de la présence de matériaux biosourcés. Cet indicateur est comptabilisé en quantité de matière biosourcée contenue dans la construction.

2. L’indicateur Économie Circulaire couvre d’une part les bénéfices liés au recyclage des matériaux et produits de construction après la fin de leur utilisation dans le bâtiment mais également la prise en compte du potentiel de transformation et de démontabilité du bâtiment en fin de vie.

L’évaluation de l’atteinte des exigences s’appuie principalement sur les données de sortie d’un calcul thermique réglementaire et d’un calcul d’Analyse de Cycle de Vie (ACV) à l’échelle du bâtiment.

 

Encadré 2 : Deux bâtiments de bureau bas carbone labellisés « BBCA » 

  • Le Thémis

Le Thémis est un immeuble de bureaux de 10 655 m², situé dans le 17ème arrondissement à Paris. La forte présence du bois dans sa structure mixte béton-bois et son exploitation maîtrisée grâce à la production d’énergie par géothermie, lui ont valu de faire partie des 15 premiers bâtiments ayant reçu le label BBCA.

  • Enjoy

Enjoy, 17 384 m² de bureaux situés dans le 17ème arrondissement à Paris, se compose d’un rez-de-chaussée sur deux niveaux en béton, posés sur des boîtes à ressort et de six niveaux en bois.
Grâce à cette conception, à ses 1 700 panneaux photovoltaïques et au raccordement au réseau de chaleur de la ZA des Batignolles dans lequel il est implanté, le bâtiment fera annuellement une économie de 2 900 tonnes de carbone. Il fait lui aussi partie des 15 lauréats BBCA.

 

1 Bâtiments à énergie positive.
Le premier bâtiment à énergie positive construit dans une grande capitale.
L’Association pour le développement du Bâtiment Bas Carbone – BBCA fédère à ce jour plus de 140 membres – architectes, promoteurs immobiliers, investisseurs, constructeurs et bureaux d’étude.
La Commission technique pilote le développement des référentiels et est constituée du CSTB, garant scientifique des méthodologies et de trois bureaux d’études.

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