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Industriels de la chimie, de l’alimentaire, de l’électronique, etc., acteurs de la mobilité électrique, producteurs d’énergies renouvelables… Tous s’intéressent à un nouveau carburant : l’hydrogène vert sous forme solide. La possibilité de l’utiliser à la carte, et donc de faire des économies d’énergie et des réductions de carbone, le rend attractif dans le monde entier.
Le point avec Pascal Mauberger, Président du Directoire de l’entreprise grenobloise McPhy Energy, qui commercialise une technologie de stockage d’hydrogène sous forme solide.

Pourquoi dit-on de cet hydrogène qu’il est « vert » ?

La technologie, que l’entreprise McPhy exploite depuis 2008 et qui est le fruit d’un laboratoire de recherche du CNRS de Grenoble, permet de stocker l’hydrogène de l’eau sous forme de galettes solides. Pourquoi parle-t-on d’hydrogène vert ? Parce qu’il provient de l’eau. Pour l’obtenir, nous utilisons le procédé de l’électrolyse de l’eau, qui a été découvert à la fin du 18e siècle. On fait passer un courant électrique dans l’eau pour casser la molécule de l’eau et extraire l’hydrogène qui la constitue. Si le courant électrique émane des énergies renouvelables, l’empreinte carbone de cette production d’hydrogène peut être très faible.
Actuellement, seulement 5 % de l’hydrogène produit à travers le monde émane de ce procédé. Les autres 95 % sont produits à partir du reformage du gaz naturel par de la vapeur d’eau surchauffée. Ce procédé accuse, lui, un bilan carbone déplorable : 10 kg de CO2 émis dans l’atmosphère pour 1 kg d’hydrogène produit. En France, les émissions de CO2 liées à la production d’hydrogène représentent 2 % des émissions totales de CO2 – soit 11 millions de tonnes – sur notre territoire. C’est beaucoup quand on sait que seuls quelques milliers de personnes ont un lien avec l’hydrogène ! Mais le développement des énergies renouvelables devrait favoriser l’essor de la production d’hydrogène vert et permettre d’alimenter les marchés du futur : véhicules à hydrogène, stockage de l’énergie.

Qu’est-ce qui rend cet hydrogène si attractif pour les entreprises ?

La possibilité de le produire là où elles en ont besoin et quand elles le souhaitent. La technologie développée par McPhy combine un générateur et un stockage d’hydrogène basse pression, donc peu énergivore, au point de production ou d’utilisation de l’hydrogène. L’hydrogène capturé est stocké dans des galettes d’hydrures de magnésium qui l’absorbent comme de grosses éponges. Sous cette forme solide mais de faible volume, l’hydrogène a l’avantage d’être aussi dense que dans une compression.
Résultat : les industriels qui utilisent de l’hydrogène dans leur production peuvent capturer l’hydrogène quand l’électricité est peu chère ou abondante et l’utiliser selon leurs besoins. McPhy fournit des solutions hydrogène sur des sites industriels des secteurs de la chimie, de l’alimentaire, du verre, de l’électronique, de l’énergie, de la métallurgie… Le succès de notre entrée en bourse, en mars 2014, pour recapitaliser l’entreprise, a prouvé que cet hydrogène, sous cette forme, séduisait les investisseurs.

Quelles perspectives ouvre le stockage de l’hydrogène sous forme solide dans le contexte de transition énergétique actuel ?

Pour réduire notre dépendance au pétrole, nous avons besoin d’alternatives énergétiques, nous le savons bien. Les États se sont lancés dans des programmes ambitieux de production d’énergies renouvelables, mais le problème est que nous savons mal gérer leur intermittence. Nous n’avons pas forcément besoin d’électricité quand le soleil brille ou quand le vent souffle très fort. Souvent, les réseaux de distribution d’énergie ne parviennent pas à absorber l’électricité produite par les éoliennes, par exemple. C’est le cas en Italie, où notre entreprise possède un site : 25 % des fermes éoliennes situées dans les Pouilles ne sont pas raccordées au réseau de distribution ! C’est le cas en Allemagne, où parfois les éoliennes s’arrêtent. Vous imaginez le gaspillage.
En capturant l’hydrogène et en le stockant massivement, nous tirons profit des énergies renouvelables en les utilisant à un moment choisi. Le stockage de l’hydrogène sous forme solide est intéressant pour les centrales éoliennes ou photovoltaïques, car celles-ci peuvent ensuite reconvertir l’hydrogène en électricité, via une pile combustible. Cela ouvre également de grandes perspectives pour la mobilité hydrogène et les véhicules électriques, avec les bénéfices en diminution de CO2 et donc de gaz à effet de serre que l’on imagine. Notre entreprise vient d’être retenue en Californie pour fournir les générateurs d’hydrogène de l’une des stations service hydrogène qui se mettent en place. Et nous venons par ailleurs de livrer un générateur à la station service hydrogène sur la zone aéroportuaire de Berlin.

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