Centrale Nucléaire de St Laurent des Eaux

Les électeurs suisses viennent de dire « non » à la proposition des Verts de fermer leurs centrales nucléaires d’ici à 2029. Claude Haegi, Président de la Fondation Européenne pour le Développement Durable des Régions (FEDRE) et parrain « suisse » de l’Observatoire analyse ce refus et ses conséquences. 

Quel était l’enjeu de ce vote ?

L’enjeu était politique pour les Verts en particulier, la lutte contre le nucléaire faisant partie de leur ADN, et économique pour les finances fédérales devant supporter de lourdes indemnités pour fermetures prématurées de centrales. Certaines entreprises aussi, orientées vers des énergies nouvelles, y voyaient d’évidentes opportunités de dynamisation de leurs activités. La campagne a été marquée par une forte dimension émotionnelle. Les partisans du vote ont brandi l’ancienneté de certaines centrales pour aiguiser la peur, les opposants ont fait valoir le renchérissement de l’électricité en cas de fermetures précipitées.

Quelles sont les conséquences de ce vote pour le pays et les pays voisins ?

Ce refus est une sécurité pour l’approvisionnement énergétique du pays ; il permet la poursuite de l’exploitation des centrales existantes, en respectant la durée des concessions. Il prive peut-être les pays voisins d’exportations vers la Suisse à des prix influencés par le marché. En effet, si le oui l’avait emporté, la Suisse aurait été contrainte à importer davantage, sans maîtrise, ni de l’origine de l’énergie – charbon et nucléaire que les initiants combattaient pourtant -, ni des prix. Un « oui » aurait fragilisé la sécurité de l’approvisionnement, même si les partisans y voyaient une opportunité pour les ENR d’être boostées.

Ce vote va-t-il impacter le positionnement de la politique énergétique suisse ?

L’échec du référendum ne remet pas en cause le projet de transition énergétique suisse porté par les Chambres fédérales. Le programme, intitulé « Stratégie énergétique 2050 », prévoit notamment la fin de l’atome, le développement des énergies renouvelables et la réduction de la consommation d’énergie. Voté par le parlement l’automne dernier, il ne fait pas l’unanimité. L’Union démocratique du centre (UDC), le parti politique situé le plus à droite de l’échiquier politique, qui redoute une hausse du prix l’électricité, a déposé un référendum pour le contrer. Le 27 mai 2017 prochain, le peuple suisse sera donc à nouveau amené à se prononcer sur le nucléaire : la question portera alors plus sur un choix énergétique et pas seulement sur un calendrier. C’est dire que rien n’est joué définitivement. La démocratie directe helvétique permet à tout moment de revenir sur un choix.
Le peuple est souverain.

Qu’est-ce qui remplacera le nucléaire en Suisse ?

On n’y est pas ! Le nucléaire fera, pendant encore longtemps, partie du « bouquet énergétique ». L’hydroélectricité est la plus importante énergie renouvelable en Suisse, elle fournit environ
60 % de l’électricité. Malheureusement, elle est mise en difficulté par des exportations – depuis l’Allemagne en particulier – d’énergies subventionnées renouvelables ou provenant du charbon, faussant le marché et déstabilisant un secteur qui doit absolument être maintenu au nom d’une politique environnementale responsable.

Le bois de chauffe comporte un grand potentiel de développement. Les équipements les plus appropriés en permettent une exploitation conforme aux exigences environnementales. L’utilisation du bois peut s’inscrire dans les programmes régionaux de gestion de cette filière favorisant l’entretien des forêts. La géothermie est également prometteuse dans certaines régions ; dans d’autres, elle donne déjà de bons résultats. Les circuits de chauffage et de refroidissement de plus en plus intelligents alimentés parfois par l’eau des rivières et des lacs, répondent efficacement aux besoins de consommateurs.

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