À l’occasion de son grand rendez-vous, organisé le 23 juin 2015 à Lille, l’Observatoire a présenté l’expérience d’entreprises de la région qui créent le mouvement. Cette semaine : le modèle économique innovant du Centre Multimodal de Lille.

Tout juste inauguré le 29 mai dernier, le Centre Multimodal de Distribution Urbaine (CMDU) crée l’événement sur le territoire. Outre une distribution optimisée des marchandises, la plate-forme fournit surtout une gamme de services aux entreprises du centre-ville. Didier Lieven, son directeur, explique les ressorts d’un modèle économique créateur de valeur qui fait la part belle à la mobilité électrique.

Pourquoi avoir créé un Centre Multimodal à Lille ?

Il s’agissait, pour la ville, de résoudre une équation économique, écologique et urbanistique.
Avec un mètre carré en centre-ville de plus en plus élevé, entreprises et commerçants ont tout à gagner à utiliser la surface disponible à la vente et à la démonstration, plutôt qu’au stockage de marchandises. Sur le plan durable, tout le monde veut avoir accès au centre-ville et, pour autant, une des priorités consiste à réduire les nuisances créées notamment par les transports.
Adopter ce modèle permet de désengorger les voies, de réduire le bruit, mais aussi de limiter les émissions de CO2 et de particules fines.
Enfin, il est important de réorganiser l’urbanisme économique et commercial pour mieux équilibrer les zones d’activité entre centre-ville et périphéries. La création du CMDU permet donc de répondre à ces trois enjeux. Capable de recevoir des marchandises par voie fluviale, par rail ou par route, le CMDU propose à tous les fournisseurs d’envois massifiés un lieu d’accueil, de transformation, de reconditionnement et d’étiquetage. Les marchandises sont ensuite réexpédiées par petits lots en centre-ville, suivant des modes de transport doux.

Quelle est la force du modèle du CMDU sur le territoire lillois ?

Contrairement à de nombreux projets européens qui se contentent d’établir une barrière à l’entrée des villes pour en fermer l’accès aux gros camions, nous ne fonctionnons pas sur un mode coercitif. Notre plate-forme logistique fonctionne sur un mode incitatif. Le CMDU apporte du service et de la valeur ajoutée en proposant de stocker de la marchandise et de la valoriser. En disposant d’une capacité de stockage externalisée, les commerçants du centre-ville vont pouvoir dédier leurs mètres carrés disponibles à la vente, s’approvisionner en volumes plus importants et donc profiter de meilleures conditions d’achat, éviter les ruptures de stock et travailler « juste à temps » plutôt qu’en flux tendu.
Du côté des transporteurs, la mutualisation des marchandises va permettre d’optimiser la charge de leurs camions et la gestion de leur tournée, tout en déchargeant les commerçants de 30 à 40 % des marchandises qu’ils transportent habituellement eux-mêmes.
En assurant la mise en relation de l’ensemble des offres et des besoins, le CMDU devient ainsi l’animateur d’une bourse de fret des marchandises, où se rencontrent offres et demandes de transport disponible à l’instant « T » dans une logique d’intérêts complémentaires. Nous assurons jusqu’aux flux sortants de toutes les marchandises en fin de vie tels que les emballages, la publicité sur le lieu de vente, les vieux équipements…

Quelle est la place de la mobilité électrique dans ce projet ?

L’enjeu environnemental constitue l’un des trois piliers du projet. Comme nous cherchions à améliorer la qualité de vie des résidents, à réduire les nuisances sonores, les émissions de gaz à effet de serre et l’encombrement des voiries, l’idée de recourir à des véhicules propres s’est imposée naturellement. Nous avons testé à la fois des véhicules au gaz et des véhicules diesel norme Euro 6 – particulièrement performants au plan environnemental.
Nous avons également mené une expérimentation sur un camion électrique en partenariat avec EDF. Nous avons pu mesurer à quelles conditions la propulsion électrique peut être efficace dans le transport de marchandises en ville en évaluant la qualité et le niveau de batteries, l’autonomie suivant les circuits, la vitesse maximum. Nous voulions, test à l’appui, trouver le bon équilibre entre des paramètres qui nous sont spécifiques, tant sur le plan du matériel que des usages. Par ces tests, nous avons notamment pu mesurer à quel point la formation des chauffeurs est essentielle. Moins sonore, plus douce, la conduite d’un véhicule électrique peut être déstabilisante et imposer des habitudes de conduite particulières par rapport à un véhicule thermique. C’est l’ensemble des expérimentations sur le matériel comme sur les usages qui nous permettent de faire les correctifs nécessaires avant de produire un véhicule en série pour le CMDU.