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Produisant quatre fois moins de CO2 à la tonne transportée que le fret routier, le fret fluvial séduit de plus en plus les entreprises. Aussi bien celles dont le souci est d’acheminer de gros volumes de marchandises à moindre empreinte carbone que pour celles qui veulent s’approcher au plus prêt du « dernier kilomètre ».
Le transport fluvial ouvre aussi des perspectives aux développeurs de l’éco-mobilité.

Le fret fluvial, une alternative aux poids lourds

À l’heure de l’engorgement automobile des villes et des pollutions urbaines, le fret fluvial apparaît comme un mode de transport plein d’avenir. C’est ainsi que l’envisage en tous cas le secrétaire d’État chargé des transports, Alain Vidalies. Il vient de lancer un plan d’actions pour le fret fluvial sous forme notamment d’aides à la modernisation et à l’innovation pour permettre aux transporteurs fluviaux d’adapter l’offre de cale à la demande de transport. Car la demande est exponentielle : en quinze ans, le transport fluvial a augmenté de 40 %.
« En région Paris-Île de France, l’activité du fret fluvial correspond aujourd’hui à celle d’un million de poids lourds » précise Didier Léandri, Président Délégué Général du Comité des Armateurs Fluviaux.
Un convoi, constitué d’un bateau « pousseur » et de plusieurs barges est capable à lui seul de transporter 4 000 tonnes de marchandises quand il faudrait 250 poids lourds. Bonne nouvelle pour le climat donc, que cette progression du fret fluvial. Mais aussi pour les entreprises dont l’activité est liée aux transports de marchandises.

Les cinq atouts du fret fluvial

  • Faible empreinte carbone : produisant quatre fois moins de CO2 à la tonne transportée que le fret routier, le fret fluvial est un mode de transport de marchandises peu polluant. « Le passage du transport sur route au transport sur fleuve facilite la délivrance de certificats d’économie d’énergie (CEE) par l’Ademe, notamment pour les industriels dont l’activité dépend de gros volumes transportés » remarque Didier Léandri.
  • Respect des délais de livraison : le fret fluvial ne connaît pas les embouteillages. Les livraisons par voies fluviales respectent les délais, même au cœur des agglomérations. « On le sait peu et donc on l’exploite mal, mais le réseau fluvial français est le plus vaste d’Europe » souligne Didier Léandri. « Le trafic fluvial pourrait être augmenté par 4 à infrastructures constantes. On ne peut pas en dire autant de la route ou du ferroviaire, dont certains axes sont ultra saturés ».
  • Deux services en un : le fret fluvial peut répondre à deux fonctions. Transporter des marchandises et les stocker en même temps. Vu sous cet angle, le transport fluvial n’est pas forcément plus cher que le transport routier. « Ce qui pénalise le fret fluvial, c’est la rupture de charge » reconnaît Didier Léandri. « Pour franchir le « dernier kilomètre », il faudra à nouveau utiliser des camions qui feront le trajet péniche / entreprise ». À moins que le modèle Vokoli, la navette de fret multimodale parisienne (voir encadré) ne se répande.
  • Tous types de marchandises concernés : par sa souplesse d’utilisation, le transport fluvial achemine des marchandises aussi différentes que des céréales, des matériaux de construction, du bois, des déchets, des produits sidérurgiques, pétroliers, chimiques ou manufacturés, mais aussi des conteneurs ou des colis exceptionnels.
  • Sécurité des transports : 10 % des trafics fluviaux concernent le transport de produits chimiques (environ 400 millions de tonnes/km) et de produits pétroliers (600 millions de tonnes/km), autrement dit de produits « sensibles ». « Le taux d’accidentologie du fret fluvial est quasi nul » confirme Didier Léandri. « Par ailleurs, il n’y a pas de vol à bord des péniches.
    La navigation fluviale, qui est tranquille, invite à des comportements plus respectueux »
    .

Bientôt des moteurs de propulsion plus éco-performants…

Parallèlement, le nouveau texte de loi sur le fret fluvial va obliger les transporteurs à investir dans des moteurs éco-performants. « Une part importante des moteurs équipant la flotte française est ancienne (30 à 50 ans) : il s’agit souvent de moteurs thermiques qui émettent des particules fines » explique Didier Léandri. À partir de 2018, la flotte fluviale devra être aux normes du règlement européen sur les émissions polluantes des moteurs des engins mobiles non routiers (EMNR), publié le 16 septembre dernier. « Pour respecter ces nouvelles normes, la profession se trouve face au défi de choisir la bonne option technologique : piste moteur GNL ou piste moteur électrique ? »

…et des plateformes multimodales plus nombreuses

Le développement du fret fluvial dépend aussi de l’amélioration des dessertes des places portuaires, indispensable pour la qualité de la chaîne intermodale mer/fleuve. Mais cela bouge de ce côté-là aussi. Un exemple : en 2017, le canal Seine-Nord Europe et ses quatre plateformes multimodales à vocation industrielle et logistique connecteront le Grand Bassin Parisien au réseau fluvial du nord de l’Europe. Ce sera une réponse durable au défi de la croissance continue du trafic de marchandises dans cette région.

Projet Distri-Seine

C’est dans le cadre de la COP 21 que le projet Distri-Seine porté par Haropa Ports de Paris et son partenaire Compagnie fluviale de transports a été présenté comme l’une des 21 solutions pour le climat. Son concept ? Il s’agit d’un bateau hybride capable de transporter, depuis les entrepôts périurbains, de petits camions électriques ou des caisses mobiles, jusqu’au cœur des villes.
Aménagé comme un parking de 2 étages, le bateau, long de 90 m, chargera une trentaine de camions électriques ou une soixantaine de camionnettes. Ceci grâce à des rampes autonomes articulées pouvant s’adapter à toutes sortes de quais, et à un système d’ascenseurs. Les camions, ou les caisses mobiles seront branchés et alimentés pendant le voyage, ce qui permettrait de transporter aussi des produits frais : primeurs, viandes, produits de la mer ou fleurs.

 

Bateau entrepôt Vokoli

Saint-Gobain Distribution, Raja (fournitures de bureau), le groupe pharmaceutique Sanofi-Aventis ou encore le laboratoire cosmétique Wala ont d’ores et déjà choisi cette solution pour livrer certains de leurs colis : les triporteurs électriques de la plateforme logistique flottante, Vokoli. Chaque jour, cette barge dessert dix escales dans Paris au départ du port de Tolbiac. À chaque escale, les triporteurs électriques quittent le pont pour sillonner les rues, leurs marchandises étant à l’abri dans des coffres en suspension.

 

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