Le 23 juin 2015, l’Observatoire Énergies d’Entreprises a fait escale à Marcq-en-Barœul pour décrypter le dynamisme économique des entreprises et des collectivités de la région. Ce Grand Rendez-vous, qui a permis à des responsables d’entreprises de débattre avec des experts de haut-niveau – les trois parrains de l’Observatoire, Bertrand Barré, Jean-Marie Chevalier, Jean-François Donzier – a prouvé que la 3e révolution industrielle n’était pas qu’un concept ! Ce dont Alain Laruelle, Directeur Commerce EDF Région Nord-Ouest, co-orchestrateur de cet événement, est convaincu depuis longtemps. Il s’en explique dans une interview réalisée à la fin des débats.

À découvrir aussi en vidéo : la conclusion d’Alain Laruelle sur le Grand Rendez-vous de l’Observatoire.

Comment expliquez-vous le dynamisme économique et industriel de la région du Nord-Pas-de-Calais, dont le Grand Rendez-vous de l’Observatoire vient de se faire l’écho ?

Pendant la 1ère et le début de la 2e révolution industrielle, le Nord a été une grande terre d’innovations qui a compté beaucoup de capitaines d’industrie et qui s’est située à la pointe de l’innovation. Le ravage des deux guerres, puis la délocalisation de nombreuses industries stratégiques dans le Sud de la France (pétrochimie, aéronautique…), ajoutée aux grandes crises économiques traversées par l’industrie traditionnelle, auraient pu laisser le Nord exsangue et défait. C’était sans compter l’esprit d’initiative des entrepreneurs du Nord. Ils ne se sont pas résignés : ils ont essayé de se reconstruire, à partir de leur métier, de leurs réseaux d’entrepreneurs patrimoniaux, en prenant appui sur le souci du social qui les caractérise. Ils ont donc réussi à innover en conjuguant contrainte entrepreneuriale et esprit de solidarité. C’est tout le Nord, ça !

Cette dynamique vous paraît-elle transposable à d’autres régions de France ?

Chaque région a ses caractéristiques et évolue par rapport à ses racines profondes. Les racines du Nord sont liées à l’exploitation des énergies fossiles et à la grande industrie. Les terrils et les friches industrielles qui ornent son territoire le rappellent en permanence. Les entrepreneurs du Nord ont donc été particulièrement attentifs à innover en intégrant la dimension énergétique, par exemple Roquette, Bonduelle, OVH… Ils ont choisi également de se tourner vers les industries du futur, comme la vidéo et le numérique. Conscients d’être au cœur de l’Europe du Nord, avec Londres, les Pays-Bas, la Belgique et le Nord de l’Allemagne à portée de main, le Nord-Pas-de-Calais, qui était une frontière, symbolisée par la citadelle de Vauban, a délibérément choisi de s’ouvrir à tout ce territoire nord-européen le plus riche d’Europe.
Pour innover et s’engager dans l’avenir, chaque territoire doit trouver ce qui fait sa différenciation, son orgueil, son originalité. Je suis convaincu que demain, la richesse et l’énergie se créeront à partir des collectivités humaines. Les entreprises innoveront en s’adaptant aux territoires où elles sont implantées et en tenant compte de leur histoire et de leurs particularités. Les défis ne sont pas les mêmes partout.

Quelles sont les innovations de la région du Nord-Pas-de-Calais, présentées à l’occasion de ce Grand Rendez-vous, qui ont particulièrement retenu votre attention ?

J’aime beaucoup l’entreprise centenaire de taille humaine, Moulins Waast, qui fait l’un des plus vieux métiers du monde : la production de farines alimentaires. Elle a survécu en acceptant, à un moment donné, de se réinventer et de tout faire autrement. Son responsable, Émile Waast, a compris que l’avenir de la minoterie passait par la mécanique des fluides et qu’il fallait pour cela miser sur l’énergie et investir dans la technologie.

Deuxième innovation qui m’a paru extraordinaire : le Centre Multimodal de Distribution Urbaine (CMDU), qui dessert l’ensemble des commerces du centre de Lille par la mer, le train et le camion. Ce que je trouve remarquable est que cette entreprise a inventé un modèle économique – elle loue des usages – en partant des besoins de stockage des commerçants, quelle que soit leur taille. Elle apporte une réponse qui permet de faire des économies d’énergie, de temps, de transports et bien sûr de stockage, libérant ainsi de l’espace utile pour les commerçants en ville au profit de la présentation et de la mise en valeur de leurs produits en étalage.

Troisième innovation remarquable : le Syndicat Mixte d’Élimination et de Valorisation des Déchets ménagers (SYMEVAD). Les 310 000 habitants qu’il représente et qui font partie d’une zone sinistrée par bien des aspects, ont réussi à faire un pari commun : celui de valoriser leurs déchets en tirant à la fois une plus value énergétique et une plus value économique. Ce qu’il y a d’exemplaire dans cette aventure collective est aussi la qualité de concertation entre les conducteurs du projet et les habitants du territoire. La construction de l’usine de Tri Valorisation Matière et Énergie (TVME) n’a fait l’objet d’aucune contestation au moment de l’enquête publique de la part des habitants, des associations, des ONG et des écologistes. Parce qu’ils ont été associés très en amont du projet, au cadrage stratégique de celui-ci, et que les préoccupations environnementales et des enjeux du territoire étaient au cœur du projet.

 

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