Le chantre d’une économie qui intègre la notion de « capital vert »

Même s’il reconnaît que les émissions de gaz à effet de serre, en France et en Europe, ne croissent plus de façon exponentielle depuis bien avant la crise économique de 2009, Christian de Perthuis reste inquiet pour l’avenir du climat. « Nous ne prenons pas suffisamment en compte le temps particulier du climat. L’inertie du climat est considérable. Le réchauffement climatique actuel est peu lié aux émissions de carbone d’aujourd’hui, mais à la somme des émissions de gaz depuis deux siècles », répète-il d’atelier en article pour l’Observatoire. Or, les progrès d’aujourd’hui sont insuffisants pour atteindre l’objectif de division par quatre de nos émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2050 afin de contenir le réchauffement climatique à un niveau d’élévation de 2°C. Comment accélérer le mouvement ? Par un acte politique. « Seule une autorité publique et politique au niveau européen permettrait, par exemple, qu’on donne enfin du prix au carbone en créant un marché pour le CO2 et en mettant en place une fiscalité au profit du climat, et non des entreprises ».

Tarifier le CO2

Pour contrer les résistances à un marché du CO2, Christian de Perthuis affirme qu’on peut être à la fois dans une logique de transition écologique et de croissance économique. Comment les concilier pratiquement ? En couplant la tarification des pollutions avec une politique qui renforcerait la recherche et l’innovation dans des alternatives de transports, de nouveaux services environnementaux. L’idée est de créer une masse financière nouvelle qui pourrait être en partie affectée à la croissance verte, avec un recyclage adapté. « La transition écologique est une perspective riche en débouchés qui s’ouvre aux entrepreneurs », assure Christian de Perthuis.

Valoriser le capital nature

Selon lui, le changement n’est possible que si l’on se cale collectivement sur un nouvel axe de pensée. « Nous devons passer d’une économie dont le développement détruit le capital naturel à une économie qui intègre la notion de capital vert. Il s’agit donc d’intégrer le coût des pollutions infligées à la nature ». Autrement dit, nous devons mettre le climat au cœur des préoccupations. Ce qui est loin d’être le cas. La preuve ? On raisonne à l’envers, en prenant la transition énergétique par le mauvais bout. « On l’envisage à l’aune de notre peur d’une pénurie d’énergie et de la raréfaction des ressources naturelles », remarque Christian de Perthuis. « Il faudrait au contraire appuyer notre raisonnement sur ce point de départ : la capacité pour le climat d’absorber encore le carbone qui gît sous nos pieds ».

Repères

  • Décembre 2012-octobre 2014 : Président du comité pour la fiscalité écologique qui a formulé, en 2013, des propositions de réforme de la fiscalité énergétique comprenant l’introduction pluriannuelle d’une taxe carbone.
  • 2011 : Président du Comité « Trajectoires 2020-2050, vers une économie sobre en carbone ».

En 3 titres

  • Professeur d’Économie à l’Université Paris-Dauphine.
  • Fondateur de la Chaire Économie du Climat, soutenue par CDC Climat, Total et 12 autres sponsors.
  • Directeur du Programme de Recherche en Économie du Climat (PREC).

Publications notables

Livres :

  • Le complot climatique, L’Harmattan, 2014.
  • Le capital vert, une nouvelle perspective de croissance, avec Pierre-André Jouvet, Odile Jacob, 2013. Traduction anglaise à paraître au printemps 2015 chez Columbia University Press.
  • Et si le changement climatique nous aidait à sortir de la crise, idées reçues sur l’action contre le changement climatique, avec Anaïs Delbosc, Éditions du Cavalier Bleu, 2012.
  • Et pour quelques degrés de plus, Éditions Village Mondial, 2010.

Conférences :

  • « Le charbon : l’énergie verte du XXIe siècle ? », organisée par le CGEMP de l’Université Paris-Dauphine, le 8 mars 2011.
  • « Pricing Carbon in Europe and in the US », le 9 novembre 2010.
  • Participation à la « Milken Institute Global Conference », Los Angeles, 28-30 avril 2008.

POUR EN SAVOIR PLUS