Un regard volontiers impertinent pour détrousser les dogmes

Claude Haegi est le parrain de l’Observatoire qui permet de considérer les problématiques énergétiques traversant la société française avec un peu de distance, de la rive suisse du lac Léman, exactement. Ancien Maire de Genève et Président du Gouvernement du Canton de Genève, Claude Haegi revendique une approche qui dépasse les frontières respectives. « Comment imaginer répondre aux situations dans lesquelles nous nous trouvons dans le domaine de l’énergie, en nous repliant sur des politiques nationales réductrices, notamment en matière de recherche énergétique ? »
Selon lui, la réflexion doit être globale, au minimum européenne, et les décisions politiques concernant l’énergie devraient reposer sur des observations scientifiques et économiques objectives. « C’est sans a priori que la Recherche et le Développement doivent être conduits, sans exclure certaines sources énergétiques dont les inconvénients, voire les risques et dangers, pourraient être maîtrisés ».

La dynamique suisse en exemple

Convaincu que l’axe d’action politique le plus aisément praticable est celui des économies d’énergie, Claude Haegi a donc consacré un atelier à une composante de la politique énergétique suisse qui s’est élaborée à partir d’une utopie : « La société à 2000 watts ». En 1990, pour réduire sa dépendance énergétique, la Suisse s’est en effet fixé l’objectif, tout en se donnant un peu de temps, de consommer trois fois moins d’énergie sans renoncer à ses normes de confort. « Cela visait autant les entreprises très consommatrices d’énergie que la population », précise Claude Haegi. Il en a résulté une prise de conscience générale dans le pays, qui s’est traduite d’abord par une légère réduction de la consommation d’énergie. « Dans un deuxième temps, il est devenu évident que nous ne pouvions pas nous contenter d’une diminution quantitative de la consommation, mais qu’il fallait favoriser l’efficience, autrement dit, assurer un rapport positif entre un investissement donné et le résultat obtenu ». De nombreuses innovations ont ainsi été développées, qui ont lancé la Suisse dans une dynamique constructive, même si Claude Haegi relève aussi objectivement « les quelques incohérences des programmes de transition helvétiques, que l’on retrouve aussi dans d’autres pays ».

Les vertus de l’économie d’énergie

Selon Claude Haegi, le nerf de la transition énergétique repose sur la capacité à sortir des dogmes. « Il faut se dégager des blocages partisans, se sortir des confrontations concernant les différentes énergies : l’énergie est vitale, toutes les pistes de production et d’économies doivent être étudiées ». Dans ce contexte, on constate, par exemple, que les bâtiments deviennent moins énergivores, mais aussi producteurs au-delà de leurs besoins. C’est une révolution. À ses yeux, rien de tel que l’échange d’expérimentations et un dialogue au-dessus des frontières, prenant notamment en compte les initiatives locales qui ont l’avantage de sensibiliser la population. Autre certitude qu’il aime à répéter pour lever les réticences : se lancer dans une quête d’économie d’énergie ne s’oppose pas à la logique de compétitivité des entreprises. Cela peut générer de nouveaux emplois et même ragaillardir l’image d’une entreprise. « Une entreprise a tout à gagner à faire apparaître sa sensibilité à l’égard du développement durable et de l’environnement, ainsi qu’à pouvoir en démontrer les effets positifs économiques, écologiques et sociaux ».

Repères

  • De 1989 à 1997 : chargé, au sein du Gouvernement genevois, des procédures d’opposition à la centrale de Creys-Malville, en application de la Constitution du Canton de Genève.
  • 1998 : visite de Tchernobyl en tant que Président du Congrès des pouvoirs locaux et régionaux du Conseil de l’Europe.
  • Depuis 2000 : Claude Haegi préside les forums de la FEDRE touchant le développement durable, et en particulier l’énergie, dans diverses localisations jusqu’à Omsk en Sibérie (« Énergie : le pouvoir des Régions »).
  • Depuis 2001 : expert et observateur avec statut consultatif (FEDRE) auprès du Conseil de l’Europe à Strasbourg et de l’ECOSOC (Nations Unies).
  • Dès 2011 : membre de iThEC (International Thorium Energy Committee), dont le Président d’honneur est Carlo Rubbia, Prix Nobel de Physique, ancien Directeur du CERN.

En 5 titres

  • Président de la Fondation Européenne pour le Développement durable des Régions (FEDRE). Créée en 1996 sur la base de réflexions conduites au sein du Congrès des pouvoirs locaux et régionaux du Conseil de l’Europe, la FEDRE sensibilise des acteurs politiques et économiques à l’urgence de protéger le patrimoine naturel dont la valeur est environnementale et économique.
  • Administrateur de sociétés dans les domaines de l’Énergie, routiers (Autoroute et Tunnel du Mont Blanc) et des Services.
  • Membre honoraire et ancien Président du Congrès des pouvoirs locaux et régionaux du Conseil de l’Europe.
  • Ancien membre (Ministre) et Président du Gouvernement de la République et Canton de Genève.
  • Chevalier de la Légion d’honneur.

Publications notables

  • La Région, notre avenir, Éditions Slatkine, 1993.
  • L’Europe des régions, Éditions Georg, 1995.
  • Diamant Alpin, Genève, Lyon, Turin, sous la direction d’Umberto Agnelli, d’Alain Mérieux et de Claude Haegi, Éditions Slatkine, 1997.
  • Léman-Mont-Blanc, nouvelle région d’Europe, Éditions Slatkine, 1997.
  • Nombreux articles.

POUR EN SAVOIR PLUS