À l’occasion de son grand rendez-vous, organisé le 23 juin 2015 à Lille, l’Observatoire a présenté l’expérience d’entreprises de la région qui créent le mouvement. Cette semaine : la performance énergétique du SYMEVAD, une unité de Tri Valorisation Matière et Énergie (TVME).

Ce sera la deuxième du genre en Europe : une usine capable de donner une seconde vie aux déchets ménagers et de les transformer en énergie sous forme gazeuse et solide. Gros plan sur un projet ambitieux, porté par un syndicat regroupant trois intercommunalités du Nord-Pas-de-Calais.

Réunis pour une belle cause : la valorisation des déchets ménagers

Là où se dresse fièrement la rutilante unité de Tri Valorisation Matière et Énergie (TVME) fonctionnait, il y a encore deux ans, une usine d’incinération datant de 1972 qui arrivait en fin de vie. Cette nouvelle installation témoigne d’un changement d’époque et de mentalités. S’il y a quarante ans, on trouvait normal d’incinérer les déchets ménagers, aujourd’hui, on cherche à les recycler et à les valoriser. C’est en tout cas, cette direction qu’a souhaitée prendre le Syndicat Mixte d’Élimination et de Valorisation des Déchets ménagers (SYMEVAD) des communautés d’agglomération du Douaisis, Hénin-Carvin et d’une partie de la communauté de communes Osartis-Marquion dans la région du Nord-Pas-de-Calais. « Lorsqu’on a commencé à travailler sur l’avenir de la gestion des déchets ménagers, on a cherché la meilleure technologie disponible en Europe », se souvient Martial Vandewoestyne, Président du SYMEVAD. Il apparaît rapidement que pour mettre en place un dispositif complet, moderne et performant en matière de déchets ménagers, à l’image de celui qui existe en Allemagne depuis 2006, il fallait qu’il capte un volume de déchets ménagers substantiels et concerne au moins 250 000 habitants. « Trois agglomérations qui n’étaient pas dans le même département, ni de la même organisation politique ont alors décidé de mettre de côté leurs différences pour engager leurs 310 000 administrés dans un projet commun », se réjouit Martial Vandewoestyne.

L’aventure valait la peine : l’unité de TVME du SYMEVAD, unique en son genre en France, est considérée aujourd’hui comme un exemple national.

L’« or » des poubelles transformé en énergie gazeuse et solide

Vu de l’extérieur, on ne l’imagine pas. Et pourtant, les déchets ménagers résiduels qui échappent au tri sélectif réalisé par le particulier recèlent un vrai potentiel énergétique qu’il « suffit » d’extraire. Il s’agit des déchets d’origine végétale. Au fil de plusieurs transformations, 80 % des déchets ménagers qui entrent dans l’unité de TVME en ressortent sous la forme d’énergie gazeuse ou solide. Seuls 20 % des déchets entrants finissent dans une décharge, faute de filière de valorisation existante.

Comment ça marche ? Sitôt arrivés à l’usine, les déchets ménagers sont séparés automatiquement par diverses machines selon leur poids, leur taille, leur forme, leur matière, etc. Les métaux ferreux, non ferreux et les matières inertes (verre, gravats) sont isolés pour être recyclés. Puis, les déchets essentiellement composés de matières organiques sont mélangés et brassés avec de l’eau (environ 1,5 m3 d’eau pour 1 tonne de déchets). Après une étape, dite de pressage, la partie liquide est envoyée vers un digesteur. Dans cette cuve, sans oxygène, les matières organiques fermentent et produisent du biométhane. Après avoir été épuré, il sera vendu et injecté dans le réseau « gaz de ville ». Lorsque l’usine aura trouvé son rythme de croisière, cela représentera près de 2,5 millions de m3 de biométhane par an.

La partie solide restante est déshydratée par séchage biologique et triée pour que les indésirables comme le PVC soient retirés et transformés en un combustible de substitution aux énergies fossiles classiques (fioul, charbon) appelé CSR. Il sera utilisé dans les fours des cimenteries régionales ou à proximité, en Belgique. Bien sûr, l’eau ayant servi durant ce long processus est soit recyclée dans le procédé, soit envoyée vers la station d’épuration de la commune voisine.

Un territoire rendu attractif grâce à une politique de valorisation des déchets ménagers

La collecte et l’élimination des déchets ménagers en France coûtent huit milliards d’euros. « À l’échelle d’une commune, cela représente un poste important dans le budget », explique Martial Vandewoestyne, par ailleurs maire de Lambres-Lez-Douai. Voilà pourquoi les communes qui composent le SYMEVAD se sont toutes lancées dans une politique de réduction des déchets, de leur tri et de leur recyclage. « Sur notre territoire, la contribution des agglomérations membres du SYMEVAD aux traitements des déchets est bloquée depuis six ans, alors même que nous avons dû investir beaucoup d’argent dans la construction de l’unité de TVME ».

Cette attention portée à la chasse aux déchets n’est pas sans lien avec l’histoire du territoire, comme aime à le souligner le président du SYMEVAD : « On sait la peine et la sueur que cela a demandé aux mineurs pour aller extraire l’énergie fossile se trouvant dans le sous-sol du Nord-Pas-de-Calais. Il est donc logique, aujourd’hui, que nous cherchions à valoriser l’énergie disponible et à portée de main : celle que recèlent les ordures ménagères ».

Le TVME en chiffres

  • 54 millions d’euros, c’est le coût du site.
  • 8 millions d’euros, octroyés par l’ADEME et des fonds européens (FEDER) pour encourager le projet au titre du caractère démonstratif de cet équipement.
  • 100 000 tonnes de déchets par an, c’est la capacité maximum de traitement de l’unité de TVME.
  • 2,4 millions de m3 de biométhane produits par an dans l’unité de TVME et injectés dans le réseau GrDF.

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