Une promenade dans le Quartier de Wall Street à New York.

Professeur d’économie à l’université Paris-Dauphine, Fondateur de la Chaire Économie du Climat, et parrain de l’Observatoire, Christian de Perthuis décrypte les possibles effets de l’élection du nouveau Président des États-Unis pour les entreprises.

Qu’est-ce que l’élection de Donald Trump peut impliquer pour les entreprises, notamment celles qui interviennent dans le secteur de l’énergie ?

Parmi les nombreuses déclarations de campagne du candidat Trump, il en est une qui devrait primer dans les décisions de la future administration américaine : « America First ». Cela annonce une ère nouvelle de protectionnisme aux États-Unis qui risquent de multiplier les difficultés d’accès au marché américain pour les entreprises étrangères. Ceci jouera pour l’énergie, notamment dans la filière nucléaire, comme pour l’ensemble des secteurs de l’économie. Et on sait qu’à côté des tarifs douaniers classiques, l’administration risque de multiplier les obstacles non tarifaires susceptibles de pénaliser les entreprises étrangères désirant s’implanter localement.

Dans le secteur énergétique, cette orientation protectionniste se double d’une volonté de privilégier l’exploitation des ressources fossiles locales dont le pays est abondamment pourvu.
Cela concerne le pétrole et le gaz de schiste dont l’exploitation sera facilitée, mais aussi le charbon. N’oublions pas que les États-Unis disposent des plus grosses réserves mondiales de charbon, devant la Russie puis la Chine et que les meilleurs scores électoraux de Trump ont été obtenus dans des États charbonniers.

Le marché américain suffira-t-il à absorber à lui seul cette production d’énergie nationale ?

Non, et la question se pose différemment suivant le type d’énergie. Depuis une dizaine d’année, les États-Unis ont amorcé un basculement du charbon vers le gaz dans le secteur électrique du fait de la baisse du prix du gaz consécutive au développement du gaz de schiste. C’est ce qui leur a permis de plafonner puis de réduire leurs émissions de CO2. Ce mouvement devait s’accélérer avec la mise en place du « Clean Power Act » que le Président Obama a tenté d’introduire par voie réglementaire, malgré l’hostilité du Congrès. Selon toute vraisemblance, la future administration républicaine va démanteler ce dispositif défavorable au charbon, mais il ne pourra pas rétablir la compétitivité du charbon face au gaz. La relance du charbon implique donc de trouver des débouchés à l’exportation. D’où l’enjeu de la réalisation des investissements dans les infrastructures de transport (voies ferrées et terminaux portuaires charbonniers dans les États de l’Oregon et de Washington) ouvrant l’accès aux marchés asiatiques. Les effets indirects de cette politique risquent d’être une pression durable à la baisse des prix sur les marchés internationaux ce qui compliquera le déploiement rapide des énergies renouvelables. 

Comment les marchés réagiront-ils après le retrait des USA du traité transpacifique, ainsi que Donald Trump vient de l’annoncer ?

Il y a de fortes chances pour que ce retrait profite à la Chine qui pourrait alors proposer au reste de l’Asie une autre zone de libre-échange dont elle serait le cœur. Ce déplacement du centre de gravité de l’économie mondiale est un challenge pour l’Europe. Dans le domaine de la transition bas carbone, la Chine a clairement indiqué à la conférence de Marrakech qu’elle comptait rester une force motrice de la mise en œuvre de l’Accord de Paris, quelles que soient les orientations du partenaire américain.

L’Europe et ses industriels devront tenir compte de ce nouveau contexte en multipliant les partenariats avec la Chine, sans la naïveté dont ils ont fait preuve dans le photovoltaïque où les soutiens européens ont d’abord profité à l’industrie chinoise. Ces partenariats devront concerner la technologie, la mobilité, la gestion de la ville et le financement des projets de territoires. N’oublions pas enfin les instruments de tarification du carbone : la Chine a confirmé à Marrakech son projet d’instituer dès 2017 un marché national du carbone. L’Europe doit relever le défi en mettant en place une réforme crédible de son système d’échange de quotas de CO2 pour envoyer les bons signaux à ses opérateurs énergétiques.

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