Portraits de Emmanuel BENEFICE

L’Observatoire Énergies d’Entreprises a été le témoin des mutations du monde de l’énergie pendant sept années. A été ? Effectivement l’Observatoire, après quelques mois de ralentissement, va bientôt cesser ses activités. Mission accomplie. Un septennat à explorer les différentes facettes qui pourraient interroger, inquiéter ou attirer les entreprises consommatrices d’énergie.

L’énergie : un marché en mouvement 

De ces années, on pourrait retenir que les marchés de la fourniture de l’électricité et du gaz se sont réellement ouverts, avec en particulier la fin de la plupart des tarifs réglementés pour les entreprises. Mais aussi qu’à la complexité de découvrir des offres de marché parfois complexes ou hermétiques, on a vu s’y ajouter l’arrivée du marché de capacité. Aux consommateurs de s’y retrouver, aux fournisseurs de trouver comment apporter les vraies solutions utiles à leurs clients, simples et efficaces, mais aussi – parfois – sur mesure.

Quelle place pour l’efficacité énergétique ?

On retiendra aussi que l’efficacité énergétique a tantôt été une évidence – voire une obligation avec l’audit énergétique obligatoire – tantôt une oubliée de certaines prises de position caricaturales sur les sources d’énergie. Et qu’au final, les idées d’économie circulaire ont encore du mal à se frayer un chemin pratique. Mais que les services énergétiques progressent.

Retenons aussi que la COP21 s’est arrêtée à Paris, point d’orgue d’une prise de conscience sur le réchauffement climatique, contre lequel les actions concertées paraissent bien lentes.

La transition énergétique en progression

Au-delà de cet événement planétaire, au-delà des volontaristes engagements européens, au-delà de notre événement très local qu’a été la loi pour la transition écologique pour une croissance verte – simplement nationale et en ce sens à la fois dérisoire et fondamentale -, soulignons que la vraie transition énergétique a connu en quelques années un tournant majeur, et sans doute irréversible : les coûts d’investissement sur les énergies éoliennes et solaires sont descendus à des minima historiques. Parfois même plus bas, ici ou là dans des conditions favorables, que les moins coûteux des moyens de production classiques, qu’ils soient fossiles, émetteurs de CO2 ou pas (comme le nucléaire).

De grands changements pour l’avenir 

À n’en pas douter, les prochaines étapes seront des changements radicaux pour la production et la consommation d’énergies : autoconsommation, stockage d’énergie, transactions locales d’échanges (avec la blockchain ou d’autres méthodes), accélération des mobilités électriques. C’est un monde d’opportunités qui s’ouvre pour les entreprises, qu’elles soient dans le secteur ou pas. Pas forcément de simplicité.

Pourtant, la France bénéficie aujourd’hui d’un réseau électrique très fiable et bien entretenu, et d’une électricité en réseau très bon marché, comparée à tous ses voisins. Il est probable que ces conditions exceptionnelles ne l’amèneront donc pas si vite à l’avant-garde de cette nouvelle transition.

Regard vers l’international 

Tournons donc notre regard plus loin pour scruter les autres pays. Ceux qui ont un système électrique mature mais désormais bousculé par l’insertion d’énergies renouvelables intermittentes, comme l’Allemagne ou les USA. Mais aussi les pays émergents, petits ou grands, en phase de décollage économique ou déjà cherchant à brûler les étapes de la croissance énergétique, sans s’imposer les colossaux investissements centralisés que nous avons connus il y a 50 ans ou plus.

La période à venir s’annonce passionnante.

Pour finir ce dernier éditorial, je voudrais saluer mon prédécesseur, Philippe Commaret, qui a été l’initiateur de l’Observatoire Énergies d’Entreprises et lui a insufflé son esprit bien particulier. J’ai eu le plaisir de mettre mes pas dans les siens, et de transformer l’essai, en lui donnant l’ambition de visibilité et de reconnaissance qu’il a finalement acquise.

De toutes ces années, je veux naturellement rendre hommage à l’enthousiasme des parrains de l’Observatoire. Nombre d’entre eux ont rivalisé d’imagination et d’initiatives pour décaler et renouveler nos regards, pour organiser des événements stimulants et riches. C’est grâce à eux que l’Observatoire a conquis ses lettres de noblesse.

Je veux enfin remercier chaleureusement le travail réalisé par Nathalie Damour, responsable de l’Observatoire durant toutes ces années. Elle en a été le pilier, avec patience, dévouement et détermination.

 

Emmanuel BÉNÉFICE
Directeur de l’Observatoire Énergies d’Entreprises

Twitter : @e_benefice